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1.
3.
看了周星星的推薦,去金馬看了《男還看見血地獄》,心得就是,導演Mendoza特意用仿紀錄片、不打光的手持攝影形式拍攝,讓我像看紀錄片一樣,是相當變態的一部片,難怪演《鋼琴教師》的雨蓓會在坎城力捧Mendoza拿下最佳導演獎,很像看姦殺真人實境秀,但還滿好看的。
88
於 2009-11-09 19:34:05 留言 |
2.
《世界報》今晚(台北時間二十三點多)剛出爐 KINATAY 的影評,三顆星的評價。
Critique
"Kinatay" : dépeçage d'une effeuilleuse à Manille
LE MONDE | 17.11.09 | 16h14 • Mis à jour le 17.11.09 | 16h14
Voici quelques années déjà que les jeunes réalisateurs d'Asie du Sud-Est font parler d'eux dans les festivals de cinéma. Si l'on s'en tient au baromètre cannois, qui n'est pas le moins fiable, deux cinéastes ont plus particulièrement connu une ascension fulgurante, en intégrant à plusieurs reprises le cercle des compétiteurs officiels : le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul et le Philippin Brillante Mendoza.
Ce dernier est à sa manière un phénomène, passant sans transition du rang de publicitaire aguerri à celui de réalisateur à la fois prolifique et radical, signant sept longs-métrages durant les quatre années que compte à ce jour sa courte carrière. Inspiré du défunt Lino Brocka, son cinéma est d'un style âpre et punchy, puisant caméra au poing dans les bas-fonds de Manille une inspiration sociale et un goût de la provocation qui ne s'embarrassent ni de joliesse ni de faux-semblants.
Kinatay, son nouveau film, n'y va pas par quatre chemins pour stigmatiser l'abjection de la survie individuelle dans la jungle entretenue par l'impéritie et la corruption des puissants. Le film suit tout du long un jeune homme, Peping, dont le double visage est le motif central d'une oeuvre elle-même marquée par une profonde dualité. La première partie, tournée en extérieur jour sur un mode documentaire, nous présente les apparences d'une société bien réglée et d'un héros sans qualité particulière. Dans les rues effervescentes de Manille et de son petit peuple, Peping est un jeune étudiant en criminologie, déjà père de famille, qui s'en va régulariser à l'église sa relation avec sa fiancée. Du repas joyeux en famille à la classe décontractée de l'école de police, rien, sinon des signes discrètement annonciateurs (plan d'un coq vivant suivi d'un coq décapité, homme qui menace de se suicider dans le flot vivant de la foule), ne laisse présager ce qui va suivre.
Ce qui suit relève pourtant de la pure horreur. On y est conduit d'autant plus efficacement que la transition est douce et l'absence d'information savamment entretenue. Tout au plus peut-on constater que la nuit est tombée, que l'agitation s'est calmée, qu'une autre temporalité, plus secrète et inquiétante, s'empare désormais de la ville
D'autres moeurs, aussi, y prévalent. Peping, histoire de gagner de quoi nourrir sa famille, y joue quant à lui la petite main pour le compte d'un gang local qui se livre notamment au racket. Et on lui fait savoir que cette nuit-là, le boss a décidé de le mettre à l'épreuve, pour une mission délicate. Entraîné dans un van où l'attendent quelques brutes impavides, Peping ne se doute pas encore qu'il a descendu, sans retour, le premier échelon de l'enfer.
L'engrenage est aussi simple qu'abominable. On va chercher une fille dans une boîte à strip-tease, mauvaise payeuse, on l'entraîne dans le van où on l'assomme à moitié, on prend la route jusqu'à une maison de banlieue, où on la frappe et la viole consciencieusement, avant de la dépecer et de la faire disparaître. Les choses ne sont pas exhibées mais montrées tout de même, pour ce qu'elles sont.
Accusera-t-on Mendoza de complaisance ? L'enjeu est pourtant tout opposé. Il tient dans le changement de registre du film, dans le passage au plan fixe et au temps réel, dans l'indifférence criminelle de l'opération, dans la solitude et l'abandon nocturnes qui l'entourent, dans la torture auditive que devient la bande-son, dans l'interminable épreuve qu'inflige surtout au spectateur ce spectacle. D'observateur extérieur, celui qui regarde ce film se transforme inéluctablement en témoin, en double du jeune Peping qui réalise trop tard à quel prix il doit payer sa duplicité. Inspirée d'un de ces faits divers rapidement classés à Manille, cette histoire d'une fille perdue assassinée dans les ténèbres prend du coup un tout autre relief.
________________________________________
Film philippin de Brillante Mendoza avec Coco Martin, Julio Diaz, Mercedes Cabral, Maria Isabel Lopez. (1 h 50.)
Les éditions Swift éditent un DVD d'un film inédit de Mendoza à découvrir impérativement, Tirador, réalisé en 2007.
Jacques Mandelbaum
Critique
"Kinatay" : dépeçage d'une effeuilleuse à Manille
LE MONDE | 17.11.09 | 16h14 • Mis à jour le 17.11.09 | 16h14
Voici quelques années déjà que les jeunes réalisateurs d'Asie du Sud-Est font parler d'eux dans les festivals de cinéma. Si l'on s'en tient au baromètre cannois, qui n'est pas le moins fiable, deux cinéastes ont plus particulièrement connu une ascension fulgurante, en intégrant à plusieurs reprises le cercle des compétiteurs officiels : le Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul et le Philippin Brillante Mendoza.
Ce dernier est à sa manière un phénomène, passant sans transition du rang de publicitaire aguerri à celui de réalisateur à la fois prolifique et radical, signant sept longs-métrages durant les quatre années que compte à ce jour sa courte carrière. Inspiré du défunt Lino Brocka, son cinéma est d'un style âpre et punchy, puisant caméra au poing dans les bas-fonds de Manille une inspiration sociale et un goût de la provocation qui ne s'embarrassent ni de joliesse ni de faux-semblants.
Kinatay, son nouveau film, n'y va pas par quatre chemins pour stigmatiser l'abjection de la survie individuelle dans la jungle entretenue par l'impéritie et la corruption des puissants. Le film suit tout du long un jeune homme, Peping, dont le double visage est le motif central d'une oeuvre elle-même marquée par une profonde dualité. La première partie, tournée en extérieur jour sur un mode documentaire, nous présente les apparences d'une société bien réglée et d'un héros sans qualité particulière. Dans les rues effervescentes de Manille et de son petit peuple, Peping est un jeune étudiant en criminologie, déjà père de famille, qui s'en va régulariser à l'église sa relation avec sa fiancée. Du repas joyeux en famille à la classe décontractée de l'école de police, rien, sinon des signes discrètement annonciateurs (plan d'un coq vivant suivi d'un coq décapité, homme qui menace de se suicider dans le flot vivant de la foule), ne laisse présager ce qui va suivre.
Ce qui suit relève pourtant de la pure horreur. On y est conduit d'autant plus efficacement que la transition est douce et l'absence d'information savamment entretenue. Tout au plus peut-on constater que la nuit est tombée, que l'agitation s'est calmée, qu'une autre temporalité, plus secrète et inquiétante, s'empare désormais de la ville
D'autres moeurs, aussi, y prévalent. Peping, histoire de gagner de quoi nourrir sa famille, y joue quant à lui la petite main pour le compte d'un gang local qui se livre notamment au racket. Et on lui fait savoir que cette nuit-là, le boss a décidé de le mettre à l'épreuve, pour une mission délicate. Entraîné dans un van où l'attendent quelques brutes impavides, Peping ne se doute pas encore qu'il a descendu, sans retour, le premier échelon de l'enfer.
L'engrenage est aussi simple qu'abominable. On va chercher une fille dans une boîte à strip-tease, mauvaise payeuse, on l'entraîne dans le van où on l'assomme à moitié, on prend la route jusqu'à une maison de banlieue, où on la frappe et la viole consciencieusement, avant de la dépecer et de la faire disparaître. Les choses ne sont pas exhibées mais montrées tout de même, pour ce qu'elles sont.
Accusera-t-on Mendoza de complaisance ? L'enjeu est pourtant tout opposé. Il tient dans le changement de registre du film, dans le passage au plan fixe et au temps réel, dans l'indifférence criminelle de l'opération, dans la solitude et l'abandon nocturnes qui l'entourent, dans la torture auditive que devient la bande-son, dans l'interminable épreuve qu'inflige surtout au spectateur ce spectacle. D'observateur extérieur, celui qui regarde ce film se transforme inéluctablement en témoin, en double du jeune Peping qui réalise trop tard à quel prix il doit payer sa duplicité. Inspirée d'un de ces faits divers rapidement classés à Manille, cette histoire d'une fille perdue assassinée dans les ténèbres prend du coup un tout autre relief.
________________________________________
Film philippin de Brillante Mendoza avec Coco Martin, Julio Diaz, Mercedes Cabral, Maria Isabel Lopez. (1 h 50.)
Les éditions Swift éditent un DVD d'un film inédit de Mendoza à découvrir impérativement, Tirador, réalisé en 2007.
Jacques Mandelbaum
同樣是《世界報》,導演訪談。
Brillante Mendoza, réalisateur
"En regardant mes personnages de près, on voit des cadavres en puissance"
LE MONDE | 17.11.09 | 16h14 • Mis à jour le 17.11.09 | 16h14
En quelques années, Brillante Mendoza est devenu un cinéaste majeur. Le Prix de la mise en scène qui lui a été décerné à Cannes récompense un talent hors pair pour dépeindre l'inlassable activité des habitants de son pays, les Philippines. Kinatay est son troisième film à sortir en France, après John John (2008) qui dépeignait une Mère Courage des bidonvilles, vouée à adopter des orphelins, et Serbis (2008) qui se déroulait dans un cinéma porno.
Quels sont vos modèles en matière de cinéma ?
François Truffaut, Vittorio de Sica. Je n'ai jamais pensé aux 400 Coups ou au Voleur de bicyclette en tournant, mais a posteriori, je me rends compte que ces films m'ont marqué.
Votre vocation est-elle de filmer la rue, le petit peuple ?
Ce n'est pas une mission que je me suis donnée de filmer les gens ordinaires de mon pays, c'est ma nature. Mon cinéma se nourrit de mon observation de la vie quotidienne des petites gens. Je n'ai pas d'autre ambition que de capter l'énergie qui est véhiculée par mon peuple. Récemment, des catastrophes naturelles se sont abattues sur notre pays, et j'ai été frappé de voir que dans ces désastres, malgré le désarroi, les Philippins gardent le sourire, font preuve d'une capacité à montrer que la vie l'emporte sur l'épreuve et la douleur.
Comment définir votre approche ? Vous signez des fictions très documentaires...
Mon cinéma est direct. Je suis un réaliste. M'attachant au plus près de la vie des gens, et racontant des histoires en temps réel, en faisant fi de la distanciation, j'en suis arrivé à utiliser ma caméra de façon extrêmement vivante. Ce qui m'éloigne du documentaire, c'est ma démarche. Ce qui m'intéresse, ce sont les nuances, c'est l'ironie, c'est que le style reflète la complexité d'un personnage.
La façon dont vous filmez ses va-et-vient entre fascination et reculs horrifiés peut-elle être lue comme une réflexion sur l'éthique du regard ?
Le métier de cinéaste demande une grande discipline, une ascèse, une rigueur irréprochable. En matière de morale, j'ai à coeur de ne rien imposer. Je laisse mes opinions personnelles de côté pour laisser le spectateur se faire son idée de ce qui est bon ou mauvais.
Pourquoi votre cinéma est-il hanté par les corps, les cadavres, les cercueils ?
C'est la réalité philippine. Et c'est mon propos. En collant au réel des personnages, je vois la mort en eux. Vivre c'est mourir. En les regardant de près, on voit des cadavres en puissance...
Il y a aussi omniprésence de téléphones portables...
C'est devenu quelque chose d'absolument fou aux Philippines. Cette petite île est l'un des pays où l'on envoie le plus de SMS. Les gens tueraient pour se procurer un portable. Il symbolise une conquête sociale. C'est un totem.
La situation économique est telle que les gens font commerce de leur corps, volent, tuent. Avoir un toit, des vêtements, manger sont des choses qui supposent chez nous un combat quotidien.
Propos recueillis par Jean-Luc Douin
Brillante Mendoza, réalisateur
"En regardant mes personnages de près, on voit des cadavres en puissance"
LE MONDE | 17.11.09 | 16h14 • Mis à jour le 17.11.09 | 16h14
En quelques années, Brillante Mendoza est devenu un cinéaste majeur. Le Prix de la mise en scène qui lui a été décerné à Cannes récompense un talent hors pair pour dépeindre l'inlassable activité des habitants de son pays, les Philippines. Kinatay est son troisième film à sortir en France, après John John (2008) qui dépeignait une Mère Courage des bidonvilles, vouée à adopter des orphelins, et Serbis (2008) qui se déroulait dans un cinéma porno.
Quels sont vos modèles en matière de cinéma ?
François Truffaut, Vittorio de Sica. Je n'ai jamais pensé aux 400 Coups ou au Voleur de bicyclette en tournant, mais a posteriori, je me rends compte que ces films m'ont marqué.
Votre vocation est-elle de filmer la rue, le petit peuple ?
Ce n'est pas une mission que je me suis donnée de filmer les gens ordinaires de mon pays, c'est ma nature. Mon cinéma se nourrit de mon observation de la vie quotidienne des petites gens. Je n'ai pas d'autre ambition que de capter l'énergie qui est véhiculée par mon peuple. Récemment, des catastrophes naturelles se sont abattues sur notre pays, et j'ai été frappé de voir que dans ces désastres, malgré le désarroi, les Philippins gardent le sourire, font preuve d'une capacité à montrer que la vie l'emporte sur l'épreuve et la douleur.
Comment définir votre approche ? Vous signez des fictions très documentaires...
Mon cinéma est direct. Je suis un réaliste. M'attachant au plus près de la vie des gens, et racontant des histoires en temps réel, en faisant fi de la distanciation, j'en suis arrivé à utiliser ma caméra de façon extrêmement vivante. Ce qui m'éloigne du documentaire, c'est ma démarche. Ce qui m'intéresse, ce sont les nuances, c'est l'ironie, c'est que le style reflète la complexité d'un personnage.
La façon dont vous filmez ses va-et-vient entre fascination et reculs horrifiés peut-elle être lue comme une réflexion sur l'éthique du regard ?
Le métier de cinéaste demande une grande discipline, une ascèse, une rigueur irréprochable. En matière de morale, j'ai à coeur de ne rien imposer. Je laisse mes opinions personnelles de côté pour laisser le spectateur se faire son idée de ce qui est bon ou mauvais.
Pourquoi votre cinéma est-il hanté par les corps, les cadavres, les cercueils ?
C'est la réalité philippine. Et c'est mon propos. En collant au réel des personnages, je vois la mort en eux. Vivre c'est mourir. En les regardant de près, on voit des cadavres en puissance...
Il y a aussi omniprésence de téléphones portables...
C'est devenu quelque chose d'absolument fou aux Philippines. Cette petite île est l'un des pays où l'on envoie le plus de SMS. Les gens tueraient pour se procurer un portable. Il symbolise une conquête sociale. C'est un totem.
La situation économique est telle que les gens font commerce de leur corps, volent, tuent. Avoir un toit, des vêtements, manger sont des choses qui supposent chez nous un combat quotidien.
Propos recueillis par Jean-Luc Douin
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