August 10, 2008


For the man I love forever...以文找文

Here is what I said on April 12th, for the Memorial in Paris... if some of you can read french...
I just can thanks "Life" to make my life become so rich by living with Suchi many years. I always have him in my heart. And I promess all of you, family and friends, I always will take good care of the most beautiful present Suchi gave to me : our daughter Louise...

Just one more, because Suchi and I liked this Charlie Chaplin's sentence:
The way of life can be free and beautiful, but we have lost the way

Mathilde Colo-Wu 吳瑪娣
Toulouse, 2008-08-09
mathildecolowu@orange.fr



12 avril 2008

Le Ciel tourne-t-il ?

La Terre est-elle fixe ?

Le Soleil et la Lune se disputent-ils leur place ?

Qui préside à tout cela ? Qui le coordonne ?

Qui, sans rien faire, lui confère impulsion et mouvement ?

Pensera-t-on à un ressort, à un mobile à la marche inéluctable?

Imaginera-t-on que tout cela se meut et tourne sur soi-même sans pouvoir s’arrêter ?

Les nuages deviennent-ils la pluie ?

La pluie forme-t-elle les nuages ?

Qui la fait tomber ? Qui, sans agir, se plaît à provoquer cela ?

Le vent se lève au nord, souffle tantôt vers l’est et tantôt vers l’ouest.

Là-haut, il forme des tourbillons.

Qui provoque ces expirations et ces aspirations ?

Qui, sans agir, les oriente et les fait cesser ?

 

Et Zhuangzi de répondre : Qu’importe qu’elle régente ou non, tout cela c’est la Nature.

Ce passage du philosophe taoïste Zhuangzi, Suchi l’aimait particulièrement. La Nature et son grand mystère, l’existence des hommes et de leurs sentiments, tout cela c’est l’ordre des choses, c’est le souffle de vie, magique et mystérieux, sur lequel on ne peut et ne doit agir.

Suchi aimait à se sentir petit microcosme. Il palpait la vie et ses souffles depuis l’intérieur de lui-même. Tout ce qu’il sentait et comprenait du monde et des hommes cheminait depuis le plus profond de lui-même pour s’exprimer ensuite … en musique.

 Les artistes ont ce don de mettre l’humanité en notes.

Pour moi qui ait partagé sa vie, je suis à jamais marquée par la richesse de son monde intérieur. Vivre avec Suchi était d’une densité incomparable, et nous avons vécu ensemble des années d’autosuffisance allant parfois jusqu’à l’autarcie. Vivre avec cet homme ce n’était pas la promesse de quotidiens débordants ou excitants, bien au contraire, c’était une vie laissant les choses être ce qu’elles sont, acceptant les vides et préférant toujours le rien au feint.

 Car dans sa conception toute asiatique de la place de l’homme dans le monde, Suchi ne cherchait jamais à agir sur les événements, il prenait le monde comme tel en s’efforçant toujours d’être intègre, humble et droit. J’admire comme il y est parvenu, jusqu’au bout.

 Autodidacte tant au piano qu’à la trompette, bon dessinateur et même excellent cuisinier, s’il était un artiste doué, Suchi l’était par contre beaucoup moins pour la vie en société. Comme une menace pour lui, comme si elle tuerait cette Nature qu’il cultivait en lui, il se refusait presque entièrement à l’influence du monde extérieur.

 C’était pour le meilleur car il n’a jamais cédé au superflu, au paraître, au matériel, il n’a jamais cherché à plaire non plus, se présentant toujours tel quel au regard des autres. Il disait « Un peu bêbête, 笨笨的樣子 »

Pour le meilleur aussi pour ses proches, qui s’ils se sont toujours comptés sur les doigts d’une main, étaient assurés de relations fortes, entières, fidèles, rares...

Mais pour le moins meilleur aussi car qui ne souffre pas de l’isolement et surtout parce que notre société fait la vie dure à ceux qui ne savent pas y adhérer.

 Notre famille, qui compte son lot d’âmes sensibles, créatives, son lot d’artistes ou de poètes, notre famille sait que ce sont eux qui trinquent en premier.

 Suchi a trinqué. Du jour au lendemain sa vie, et la nôtre Louise, a été déchiquetée par la maladie. Suchi s’est retrouvé privé de lui-même et malheureusement conscient de l’être.

 Dans la tornade, il a su faire des choix que j’admirerai toujours. Il est d’abord parti pour nous protéger, et ce faisant il s’est condamné à une souffrance plus grande encore en se séparant de sa fille.

L’autre choix, son dernier choix, est un acte de très grand courage. Moins d’une heure avant il recevait les dernières photos de Louise et je sais comme il a puisé de la force dans ces images de sa fille si belle et si heureuse. Son dernier geste, au-delà de l’insupportable douleur m’inspire un profond respect et témoigne encore de la grandeur d’âme de Suchi.

Je suis heureuse que cet homme-là soit le père de ma fille.

Louise, aujourd’hui nous sommes tous ensemble dans l’église de Grosrouvre pour dire au-revoir à papa. Il nous manque déjà et nous manquera toujours.

Met-le dans ton cœur, garde-le au chaud contre toi, il est une force en toi.

Louise, sois fière de ton papa, il le mérite.

Le soir de ta naissance, il a tardé à la maternité et s’est retrouvé à rentrer à pied à la maison. Il m’a raconté qu’en raversant Paris au lever du jour il se sentait si heureux d’être ton papa que les immeubles, les rues, la Seine, les ponts, tous riaient aux éclats et .... qu’il les avait entendus pour de vrai ces éclats de rire.... c’étaient les siens ! C’était lui qui riait, fou de joie, fou de toi.

Louise, nous avons donné beaucoup de bonheur à papa et tu lui a certainement offert ses plus belles joies. Et moi je suis très fière d’être la maman de sa fille.

 Et puisque je ne peux m’empêcher de croire qu’il nous voit aujourd’hui, j’aimerais lui dire au-revoir dans la langue qui était la nôtre, dans mon chinois dont il aimait l’imperfection:

莊子 天地日月 (XIV)

天是運動的嗎?

地是靜止的嗎?

日月是輪流照臨的嗎?

是什麼主宰天地日月?

是什麼牽引天地日月?

是不得不這樣的嗎?

雲是為了雨, 還是雨是為了雲呢?

莊子說: 一切都是自然

 

書齊, 今天我希望你得到了安靜, 我希望你能平靜的聽我說這幾句話 :

書齊, 我跟你一起過的日子是我的生活最豐富最美麗的日子.

我非常感謝你也非常佩服你.

我永遠都會想念你, 忘不掉你小羊

當你女兒的媽媽一輩子都是我的榮譽

如果有天堂, 如果能再生... 我想說 : 一定會再見面



引用URL

http://blog.yam.com/suchiwu/trackback/16625507
回應文章